LES PRINCIPES REPUBLICAINS

Conférence du 19 octobre 2007
en présence de Sylvain Bartet, professeur agrégé d'histoire

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L'exposé:

Les principes républicains sont-ils au cœur d’une identité de gauche ? La République est née à gauche. Mais ses principes fondateurs sont-ils encore vivants ou de l’ordre de la commémoration ? Face à l’hypothèse d’un affaiblissement des identités politiques, permettent-ils de différencier la gauche de la droite ? Pour répondre à ces questions, il semble nécessaire d’examiner, dans le cours de l’histoire politique, l’évolution des liens entre la gauche et le républicanisme, puis de mettre à l’épreuve de notre actualité la validité des principes républicains, pour la réflexion et l’action à gauche.

L’indivisibilité : Saint-Just (discours du 15 mai 1793)

« Si la division est attachée au territoire, le peuple est divisé, la force du gouvernement se concentre et le souverain (le peuple) se rapproche difficilement ; si la division est attachée au peuple […] par communes, cette division n’ayant pour objet que l’exercice des suffrages ou de la volonté générale, le souverain se forme alors, il se comprime, et la république véritablement existe .[…] La constitution républicaine la doit (la division du territoire) attacher à la population, en sorte que ce ne soit point le sol qui forme un département, mais que le département s’entende de la portion du peuple qui l’habite. Si cette partie du peuple essayait de se dissoudre du reste de la nation et d’en séparer son territoire, le souverain (le peuple) interviendrait pour maintenir l'intégrité du domaine, et la république, par la constitution serait vraiment indivisible. Mais si chaque département s’entend d’une portion du territoire, la souveraineté en est demeurée à la portion du peuple qui l’habite, et le droit de cité du peuple en corps n’étant point consacré, la république peut être renversée par le moindre choc. [...] si la garantie de l’indivisibilité du domaine lui est confiée, le gouvernement est le souverain lui-même ; le peuple n’est rien, la république est un songe »

La laïcité : Jaurès
A propos de l’Ecole (extraits articles de la Revue de l’enseignement primaire et primaire supérieur, oct 1908), comme réponse à la polémique après 1905 sur la « neutralité » que l’épiscopat veut imposer à l’école laïque…

« Les choses mêmes, si je puis dire, ont une voix et jettent des cris. […] toutes les sciences, quelles qu’elles soient, abstraites ou concrètes, en habituant l’intelligence à lier les idées selon une conséquence rigoureuse, comme le fait la géométrie, ou à enchaîner les faits selon des lois, comme le font la physique et la chimie, la mettent en défiance à l’égard du miracle. Et le large tableau de la vie multiple et changeante des peuples, de la succession des institutions, des croyances, des formes religieuses et sociales émergeant par degrés et s’évanouissant peu à peu, libère l’intelligence des partis pris aveugles. » (4 oct)

« Cette neutralité est demandée d’abord par ce parti clérical qui, lui, essaie d’imposer ses conceptions, ses dogmes, à la vie, à l’histoire et à la nature même. […] A ce parti clérical se joignent des alliés à peu près aussi  suspects : ce sont ces bourgeois au républicanisme conservateur qui, tant qu’ils se sont crus les maîtres définitifs de la République et de l’école, se sont servis de l’enseignement pour leurs desseins bornés. Ils y ont propagé un anticléricalisme souvent subalterne, superficiel et frivole, et une forme de patriotisme étroite, basse, haineuse, exclusive […]. » (11 oct)

La démocratie 

1/ Robespierre, discours du 22 oct 1789, contre le régime censitaire :

« la souveraineté réside dans le peuple, dans tous les individus du peuple »

2/ Saint Just (Fragments sur les institutions républicaines)

« Malheur à ceux qui vivent dans un temps où la vertu baisse les yeux, la rougeur au front et passe pour un vice auprès du crime adroit ! Malheur à ceux qui vivent dans un temps où l’on persuade par la finesse de l’esprit, et où l’homme ingénu au milieu des factions est trouvé criminel, parce qu’il ne peut comprendre le crime ! Alors toute délibération cesse, parce que, dans son résultat, on ne trouve plus, et celui qui avait raison, et celui qui était dans l’erreur ; mais celui qui était le plus insolent et celui qui était le plus timide. Toute délibération cessant sur l’intérêt public, les volontés sont substituées au droit : voilà la tyrannie. »

Le caractère social de la République : Jaurès, discours du 21 nov 1893
« Vous avez fait des lois d’instruction. Dès lors, comment voulez-vous qu’à l’émancipation politique ne vienne pas s’ajouter, pour les travailleurs, l’émancipation sociale quand vous avez décrété et préparé vous-même leur émancipation intellectuelle ? Car vous n’avez pas seulement voulu que l’instruction fut universelle et obligatoire : vous avez voulu qu’elle soit laïque, et vous avez bien fait. […] Par la même, vous avez mis en harmonie l’éducation populaire avec les résultats de la pensée moderne ; vous avez définitivement arraché le peuple à la tutelle de l’Eglise et du dogme ; vous avez rompu […] les liens de passivité, d’habitude, de tradition et de routine qui subsistaient encore. […]

Eh bien ! Vous avez arrêtez la vieille chanson qui berçait la misère humaine… et la misère humaine s’est réveillée avec des cris, elle s’est dressée devant vous et elle réclame aujourd’hui sa place, sa large place au soleil du monde naturel, le seul que vous n’ayez point pâli. »

Les principes républicains : au cœur de l’identité de la gauche ?


l'integralité de l'exposé en pdf

Déroulé de l'exposé :

       Introduction : précisions préalables sur les mots et la question
              Les principes identifiant la République identifient-ils aussi la gauche ?
              Une gauche faisant bloc peut-elle apparaître dans la référence aux principes républicains ?

        I. Critères et repères pour définir la République
               
I.1. Le rapport à l’affaiblissement des identités politiques et au clivage droite-gauche
- Les principes républicains sont-ils encore fondateurs, vivants, actifs, ou relèvent-ils du seul repli défensif, voire de la commémoration et de l’invocation?
- Les principes républicains sont-ils plus de gauche que de droite ?
                I.2. Les sens du républicanisme : minimal ou maximal

        II. Les liens entre la gauche et les principes républicains à l’épreuve de l’histoire de la vie politique.
                II.1. La constitution des principes, à gauche : la Révolution et le 19ème siècle
                II.2. Diversité et unité de la gauche face à la République
                II.3. L’héritage problématique du 20ème siècle : sorties de la République et concurrence des identités républicaines

        III. Des principes républicains à l’épreuve du temps et de notre actualité
               
III.1. « Une et indivisible »
III.2. La démocratie laïque
La laïcité : un principe positif, Démocratie et volonté générale, « Démocratie d’opinion » ou démagogie ?
III.3. La République sociale ou la République jusqu’au bout ?
Quels outils et quelles orientations de la République sociale ? L’exemple des services publics.

Conclusion : La légitimité républicaine comme enjeu

 


Bibliographie:

- René REVOL « Capitalisme et barbarie » in la Revue « Pour la République Sociale » N°1 (2004).
- René REVOL « Qu’est ce que le libéralisme économique » in La Dissertation économique (J.Etienne, R.Revol) Armand Colin (Cursus)2002.
- Alain BEITONE et Alii 25 Livres clés de l’Economie Marabout 1995.
- Gilles DOSTALER Les combats de Keynes Albin Michel 2005.
- Gilles DOSTALER Le libéralisme de Hayek La Découverte (Repères 310) 2001.
- Pascal COMBEMALE Introduction à Keynes La Découverte (Repères 258) 1999.
- Pierre SALAMA, Tran HI HAC, Introduction à l’économie de Marx La Découverte (Repères 114).
- Denis COLIN Comprendre Marx Armand Colin (Cursus) 2006.


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