L'évolution du capitalisme depuis 1945 et les rapports Nord/Sud
Conférence du 19 décembre 2008
en présence de Yves ACHILLE, maître de conférence en économie à l'Université de Grenoble
L'exposé - Continuer le débat
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L'exposé:
La crise actuelle est une crise de la mondialisation. C'est celle d'un modèle économique capitaliste d'accumulation depuis 30 ans, qui est né au début des années 80 et devrait, selon l'auteur, disparaître vers les années 2010.
Le capitalisme marchand puis industriel:
Avant, il existait un capitalisme marchand, fondé sur l'artisanat, c'est à dire la maîtrise de la fabrication du produit jusqu'à sa commercialisation (maîtrise du processus de production) par l'artisan. Celui-ci donne place ensuite au capitalisme industriel, caractérisé par la division du travail et donc l'éclatement du processus de production par le clivage entre cols blancs et cols bleus (Taylorisme): parcellisation des tâches, OST (organisation scientifique du travail), organisée par un bureau des tâches dans l'entreprise. Cette rationalisation à outrance va permettre une augmentation très importante de la productivité. Le problème de ce modèle, c'est la difficulté à écouler sur le marché cette hausse de la quantité produite (stocks), la période est donc marquée par des crise de surproduction à l'exemple de la crise de 1929. On passe alors au modèle fordiste (Ford T), qui augmente les salaires des travailleurs afin d'augmenter la demande, c'est le modèle des 30 glorieuses, qui né aux Etats-Unis, se diffuse en Europe puis au Japon. L'Etat est au cœur de ce modèle, Keynes ayant théorisé l'intervention de l'Etat dans l'économie:
- Nationalisations, financement de l'économie par une politique monétaire souple qui permet de s'endetter (consommer et investir) + création d'un Etat-providence qui permet aux exclus de la consommation (retraités, chômeurs, malades...) de consommer.
- Organisation fordiste du marché du travail par augmentation des revenus (supérieurs à l'inflation) et détermination macro-économique des revenus par l'Etat (Smig et Smic..., conventions collectives dans les branches...) qui entraîne un effet d'entraînement de hausse des salaires dans toute la société. Malgré l'inflation, les salaires doivent augmenter car il ne faut pas qu'il y ai de perte de pouvoir d'achat. (SMI: système monétaire international)
- Système monétaire de Bretton Woods en 1944 (étalon or) qui garanti les monnaies et donc les échanges, puisqu'elles sont toutes fixées et convertibles en dollars, lui-même convertible en or.
On observe un succès au début de ce modèle mais la crise du fordisme apparaît dès la fin des années 50 (dérèglement du SMI) et surtout à la fin des années 60, avant les chocs pétroliers de 1973 et 1979 qui seront plus des accélérateurs et révélateurs de la crise que des causes. Car il y a un problème d'essoufflement des gains de productivité: soit l'entreprise est protégée de la concurrence internationale (services) et elle augmente ses prix, soit elle est soumise à la concurrence (industries), elle ne peut augmenter ses prix mais doit le faire des salaires à cause du « contrat social » fordiste. On observe donc la crise de pans entiers de l'économie (textile, sidérurgie, construction navale) à cause de la concurrence internationale, surtout asiatique. Ceci entraîne hausse du chômage dans les années 70, mais l’inflation continue avec la hausse des prix dans les secteurs protégés: c’est le phénomène de STAGFLATION par distorsion totale du système des prix. (inflation 15% dans les PID, 25% au Japon). Cela entraîne le revirement de la FED et le début de la politique monétariste (hausse des taux d'intérêts en octobre 1979 et libéralisation de l'économie, c'est le début de la Globalisation.

La Globalisation économique et financière:
Les firmes multinationales constituent alors un nouvel espace économique: elles créent leur propre espace dans une logique planétaire en se jouant des frontières nationales. La globalisation financière revient sur le fordisme avec de nouvelles formes d'accumulation qui mettent fin au marché du travail des 30 Glorieuses: flexibilité, fonctionnement du marché du travail de l'entreprise en fonction de la demande, diminution du nombre de CDI, externalisation de la main d’œuvre, fin des conglomérats fordistes (diversification des activités)… Les entreprises se recentrent sur une activité majeure afin d'atteindre une taille suffisante pour exercer leur activité à l’échelle mondiale. Pour surmonter le problème de la saturation du marché, il faut avoir les prix les plus bas possible: baisse coûts de production, diversification des produits pour attirer le client, on passe d'une Demande supérieure à l’Offre à une Offre supérieure à la Demande. Ce système amène à une double flexibilité: celle dela main d’œuvre et celle des chaînes de production. Enfin, apparaît la globalisation financière avec libéralisation des marchés financiers, c’est la naissance du CAPITALISME FINANCIER:
- Hausse considérable des taux d'intérêts (différent du fordisme) car il faut lutter contre l'inflation pour éviter la dévalorisation du capital investi par les acteurs et favoriser les préteurs (hausse de leurs revenus). Le Fordisme favorisait les emprunteurs (entreprises et particuliers), aujourd'hui ce sont les préteurs qui le sont.
- Pas d'intervention de l'Etat: abandon du contrôle des capitaux (Europe en 1990)
- fin de l'espace national (fin de la régulation étatique des parités fixes des monnaies). Aujourd'hui les Etats s'endettent car les marchés leurs font confiance ou non, appréciation par le marché de la possibilité de rembourser (voir le cas des Etats-Unis aujourd’hui).
- Fin inflation sur les marchés financiers (rôle de la BCE). Or FED est plus pragmatique, elle recherche la croissance autant voir plus que la lutte contre l'inflation.
- Favorable aux profits à court terme, avec moins de passage à l'économie réelle (faire de l'argent pour l'argent, sans investissement dans l'économie réelle).
Ce système entraîne des risques très importants: le fordisme minimisait les risques par une croissance diversifiée (conglomérale) et une hausse de l’activité bancaire, ainsi qu’un mécanisme de sécurisation du système (réserve obligatoire des banques auprès des banques centrales qui viennent en aide en cas de faillite). Or c’est la fin de la sécurité qui est au cœur de l'économie globalisée: on ne travaille plus sur la monnaie mais des actifs (titres: actions ou obligations), et création de nouveaux actifs (produits dérivés) qui ne sont pas de l'argent. Les acteurs doivent donc en permanence modifier leurs portefeuille sur les marchés. Les marchés travaillent donc à augmenter les revenus des produits en baissant le risque. Mais cela crée un risque systémique (risque partagé par tous les acteurs), d'autant que les marchés sont décloisonnés : naissance d’un marché unifié de capitaux 24h/24 grâce aux NTIC, nouvelles technologies de l’information et de la communication. Les investisseurs institutionnels sont les nouveaux acteurs de ce système: fonds de pension, compagnies d'assurance, fonds spéculatifs, qui investissent énormément d'argent. Ils placent alors leur argent dans les pays émergents.

Les rapports Nord/Sud dans la mondialisation.
Après 1973, on observe un recyclage des pétrodollars par les pays du Nord dans le Sud, car la crise dans les pays du Nord n'offre plus de possibilités d'investissement. Mais les prêts sont à taux variables, et les intérêts deviennent très élevés dans les années 80. En 1982, la crise éclate au Mexique, c’est le début de la crise de la dette. Il demande alors l'aide du FMI, mais ce dernier répond désormais aux impératifs du consensus de Washington, défini avec la Banque Mondiale et le Trésor Américain. Il impose désormais la conditionalité des plans d'ajustements structurels. Le Sud devient donc inféodé au Nord, car les Etats-Unis et l'Europe se partage la direction des institutions financières internationales, et les Etats-Unis possède 17% des apports de capitaux du FMI ce qui leur permet une minorité de blocage. Cette nouvelle politique entraîne une restructuration des pays emprunteurs. Selon les principes de l'économie monétariste, il faut augmenter les taux d'intérêts pour éviter l'inflation, créer un excédent de la balance des paiement pour pouvoir rembourser ce qui demande la recherche d'un excédent de la balance commerciale. Les pays du Sud transforme donc leur agriculture vivrière en agriculture commerciale, afin de dégager des excédents. Il faut également promouvoir les exportations et diminuer le train de vie de l'Etat en diminuant le nombre de fonctionnaires, en privatisant le secteur public et faisant des coupes dans les dépenses sociales (ce qui entraînera des émeutes de la faim). Les plans d’ajustement structurel sont très efficaces au début, car ils mettent fin à l'hyper inflation (voir le plan réal au Brésil en 1990). Mais ils sont surtout favorables aux pays du Nord car en tournant les économies du Sud vers l'exportation, ils obtiennent des matières 1e à moindre coût (politique néocoloniale). Mais le miracle des pays émergents est fragile. Si les plans permettent la fin de l'endettement de l'Etat, la stabilité des monnaies et la fin de l'hyper inflation, la libéralisation crée une instabilité facteur de crise financière: Mexique en 1995, Asie en 1997, Brésil en 1999 et 2002, Argentine en 2000-2001, Turquie en 2003. Ces crises bancaires entraînent des crises productives, comme celle du Japon dans les années 1990, avec un secteur bancaire anesthésié. Prenons l’exemple du Brésil: excellent élève du FMI, il était autosuffisant dans les années 80 (excédent qui finançait le déficit de l'industrie). Mais dans les années 90, le Brésil s'insère dans la Division Internationale du Travail. Ses importations augmentent plus vite que ses exportations ce qui entraîne un déficit de la balance des paiements, et donc une plongée dans la crise. En Asie, en 1993-94 on observe un tassement du marché de l'électronique (semi-conducteurs). Ceci entraîne un déséquilibre de la balance des paiements, mais qui était masquée par les entrées de capitaux, les monnaies paraissant saines, car grevées sur le dollars. Mais il suffit d'une sortie de capitaux pour que le système s'effondre, provoquée par un événement soudain: révolte du Chiapas au Mexique, déliquescence de l'Etat en Russie, mouvements sociaux en Thaïlande. Pendant la crise, les spéculateurs attaquent la monnaie, en vendant la monnaie nationale pour récupérer des dollars. L'Etat augmente alors ses taux d'intérêts pour garder ses capitaux, mais cela ruine le crédit, et donc la production. La crise financière devient crise bancaire qui devient crise productive. (pour des analyses détaillées et critiques des ravages des politiques des IFI par le consensus de Washington, lire Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie et ancien vice-président démissionnaire de la Banque Mondiale, « La Grande Désillusion »).

La crise actuelle:
Pendant les années Clinton, on pense avoir renoué avec la croissance grâce à la nouvelle économie. On se réjouit d'une croissance soutenue sans inflation, grâce à la flexibilité et à la réactivité des entreprises et de l'économie. Mais la net-économie entraîne une bulle spéculative aux Etats-Unis à la fin des années 90, puis une récession début 2000, elle-même amplifiée par le 11 septembre 2001. Bush injecte alors de l'argent dans l'économie par un plan de relance et l'augmentation du budget de l'armement ce qui entraîne une « économie-liquide » dans laquelle il y a beaucoup trop d'argent et des taux d'intérêts très bas. On emprunte alors dans l'immobilier. La création des subprimes s'explique par des prêts à des emprunteurs non-solvables, avec des taux d’intérêts variables, tandis que les banques garantissent les hypothèques. En 2005, la hausse des taux d'intérêts aux Etats-Unis rend impossible pour beaucoup le remboursement de leurs prêts. On saisie alors leurs biens, et on les revend. Ceci entraîne une baisse des prix de l'immobilier et donc une crise. Le problème est que les banques avaient tritisé les prêts, ce qui avait entraîné une diffusion des crédits à risque avec des crédits non risqués à d'autres opérateurs. (au plus fort, les subprimes ne représentaient que 13% des crédits immobiliers, mais le problème c'était leur diffusion). Or l'opacité des marchés financiers fait qu'on ne sait pas qui et à hauteur de combien en a acheté. La crise se diffuse alors à l'Europe, surtout au Royaume Uni et à l'Espagne. Le système interbancaire s'effondre (taux d'intérêts passent de 4% par jour à 6,5%). Les banques ne pouvant se refinancer, les banques centrales ont réinjecté des liquidités, ont donné du crédit et ont baissé les taux d'intérêts. Enfin les Etats interviennent dans les fonds propres des organismes bancaires. Ceci marque donc la fin de la négation du rôle des Etats, et donc la fin de la globalisation. (P Artus « le capitalisme va s'autodétruire »). C’est parce que la globalisation entraîne une baisse du pouvoir d'achat par la concurrence des salaires, que la crise actuelle est un problème structurel. Et Yves Achille conclue: le problème est désormais environnemental, et la crise écologique.
Edouard COLIN.
l'integralité de l'exposé en pdf
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