L'état de la sociologie de l'Art en France et son rapport avec la vie sociale

Conférence du 10 octobre 2008
en présence de Bruno PEQUIGNOT, professeur de philosophie en Sorbonne, directeur de collection chez l’HARMATTAN

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L'exposé:

Bruno Pequignot, professeur de sociologie de l’art et directeur du département Médiation culturelle à la Sorbonne (Paris III) a ouvert notre cycle de conférence pour l’année 2008-2009, autour d’un thème passionnant, « L’état de la sociologie de l’Art en France et son rapport avec la vie sociale ». Spécialiste de l’esthétique, de la culture et des médias ayant travaillé sur les images, le cinéma, le roman et la critique, auteur de nombreux ouvrages universitaires, c’est aussi un homme de conviction. A propos de la loi Pécresse en novembre 2007, il disait à ses interlocuteurs : « A titre personnel, je suis fier d’être fonctionnaire. Hegel parlair de ‘fonctionnaire au service de l’universel’. Le fonctionnaire est au service de l’intérêt général et le statut de la fonction publique en garantit l’indépendance ».


C’est d’ailleurs le militant qui a tout d’abord introduit la conférence à l’Université Populaire, nous rappelant ses premières interventions dans les Universités Nouvelles. Le thème pouvait passer pour saugrenu.
Pourquoi en effet parler d’Art en période de crise ? C’est que justement il y a un lien très étroit entre l’Art et le capitalisme.
Le concept même d’Art est né en France, en Italie et dans les Flandres pendant la Renaissance, en même temps et dans les mêmes lieux que le capitalisme marchand. Puis l’Occident, pendant la période coloniale, a exporté dans le monde entier ses propres catégories de pensée, déterminant et classifiant ce qui est Art et ce qui ne l’est pas. Et si l’Art et l’argent sont nés ensembles, ils fonctionnent de façon parallèle depuis toujours. En ce sens, le discours romantique sur un Art universel, qui parle à tous, indépendant des contingences matérielles, est idéaliste. Lors de la Renaissance, l’Europe a en effet créé l’Art comme une nouvelle catégorie intellectuelle autonome, alors que de nombreuses sociétés ne le pensent pas forcément comme un domaine à part. Fra Angelico ne disait-il pas « Quand je peints, je prie » ?

Bruno Pequignot, rappelant deux lectures stimulantes sur le sujet (Olivier Boulnois, « Au delà de l’image, une archéologie du visuel au Moyen Age », Seuil 2008, et Hans Belting, « La vraie image », Gallimard 2007) explique que l’on est sorti de la querelle théologique sur l’image en en faisant une catégorie d’Art. Et ces réflexions amène notre conférencier à critiquer, à très juste titre, le musée des Arts premiers comme un acte grave, impérialiste et colonialiste, en ce sens qu’il reconnaît et classifie les objets d’autres civilisations selon les catégories occidentales. Surtout, il réactualise le terme de « primitifs » que les sociologues s’efforcent d’enterrer depuis des décennies !


L’exposé devint ensuite plus académique, présentant la naissance et la diffusion de la sociologie de l’Art. Après les travaux de Guillot, Weber et Mauss, la discipline se développe après la Seconde Guerre Mondiale avec Pierre Francastel, qui obtient la première chaire de sociologie de l’Art, autour de deux réflexions : s’intéresser au contexte de production de l’œuvre, et à sa signification, à la différence de la forme. Parallèlement Pierre Bourdieu entendait réinscrire dans l’économique et le politique les conditions de productions des œuvres, s’opposant à la définition ahistorique et universelle de l’Art d’André Malraux (L’Art, c’est le génie !). Deux tendances se dégagent alors : la tendance Francastel (Duvignaud, Bastide) et la tendance Aron (Bourdieu, Raymonde Moulin). C’est ainsi qu’est née une communauté de chercheurs dans la discipline.
Enfin, Bruno Pequignot nous a présenté les principaux axes de recherches universitaires actuels, tels qu’ils ont été définis lors d’un colloque à Marseille en 1985, autour de quatre points :

  • institutions et lieux culturels :

Etude des politiques culturelles depuis la naissance du ministère de la culture en 1959 avec André Malraux. Mais B Pequignot dait l’origine de la politique culturelle en France à François I (création du collège de France, des archives royales et Villers-Cotterêts).

  • les questions économiques :

Etude du marché de l’Art, des conditions de production et de diffusion des œuvres, des professionnels. (Raymonde Moulin, Le marché de l'art. Mondialisation et nouvelles technologies, 2000).

  • la réception de l’œuvre et l’étude de la classification des Arts (musique, cinéma, peinture…).
  • la questions des œuvres :

Sociologie qui essaie de comprendre comment à partir de l’analyse des œuvres on peut comprendre les conditions de production, l’analyse des sociétés qui les ont produites et comprendre leur réception.
Sujet original, assez éloigné des thèmes habituellement développés à l’UPR, cette conférence n’en était pas moins enrichissante et stimulante. S’en est suivie une discussion animée autour des enjeux de la discipline mais aussi des liens entre Art et politique, et les dangers des politiques culturelles (musée des Arts premiers, …).
                                                                                                         
Edouard COLIN.

 

l'integralité de l'exposé en pdf

 


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